
Nombreux ont été ceux qui lors de sa première sortie sur PS2 avaient été subjugués par la profondeur et la poésie du jeu de Clover Studio, Okami. Malgré son immense qualité, le jeu n'a pourtant pas trouvé le succès commercial qu'il méritait, la faute peut-être à une communication déficiente. Les ventes, bien qu'honorables n'ont en effet pas suffit à empêcher la fermeture pure et simple du studio qui était, soit dit en passant, aussi à l'origine de l'excellent Viewtiful Joe sur Game Cube. On peut dire que c'est donc une résurrection bien méritée que s'offre Amaterasu, la déesse du soleil à corps de louve, sur la Wii de Nintendo, en espérant qu'elle y trouve cette fois-ci un public plus réceptif. Evidemment, on songe immédiatement aux éventuelles évolutions que pourrait subir le gameplay du fait du pad si particulier de la console. C'est ici à un petit studio français, Ready at Dawn, tout jeune et spécialisé dans l'adaptation (notamment avec le très bon God of War sur PSP) que l'on a confié la tâche de repenser Okami pour la Wii. Nous verrons dans ce test dans quelle mesure leur travail a été fructueux.
Mais avant d'aborder ces questions techniques, attaquons nous d'abord à ce qui fait la substance d'Okami, à savoir son ambiance et son univers. S'il y a bien une chose qui a su attirer l'attention sur ce jeu, c'est bien son aspect graphique simplement inédit. Les petits gars de Clover Studio ont en effet su s'approprier la technique du cellshading pour en faire quelque chose d'à part, d'incroyablement dynamique et vivant. En fait on se croirait plongé au coeur d'une estampe japonaise contant les histoires héroïques des dieux et personnages qui peuplaient les anciennes terres destinées à devenir le Japon. Explosions florales, vapeurs ténébreuses, pureté de l’encre de chine, lumière pourpre de l’astre levant, tout dans l’apparence d’Okami semble être le fait d’une main de maître. Le style général témoigne d'une grande maîtrise des développeurs qui ont su proposer un univers graphique simplement magnifique qui par dessus tout colle parfaitement à l'univers que l'on nous propose. L'histoire reprend en fait les mythes fondateurs du Japon, comme par exemple la rencontre d'Izanagi et Izanami dont l'union donne naissance au pays dans le mythe originel. On incarne ici nulle autre qu'Amaterasu, connue aussi sous le nom de Shiranui, le loup blanc légendaire, déesse du soleil et mère de tous qui revient sur le monde terrestre pour se débarrasser du dragon à neuf têtes, Orochi, qui répand sur la Nippon ses ténèbres et son pouvoir maléfique. Bref, c'est une mythologie quelque peu revisitée que nous propose ici Okami (traduisez Ô Déesse). Le monde est envoûtant, poétique, beau, effrayant, et bien souvent assez tragique. Notez que l'atmosphère mystique du jeu est d'ailleurs magnifiquement accompagnée par la musique. Sereine, sautillante ou complètement épique selon les situations, celle-ci vous fera voyager dans le Japon ancien avec les instruments traditionnels du pays utilisés à la sauce du jour. C'est en tout cas un délice de s’y laisser emporter, d'autant plus que sa profondeur et sa vastitude ont de quoi satisfaire l’appétit des plus voraces.
Okami est en effet un jeu long et assez immense dans son genre. Alors qu'en général les jeux particuliers par leur style graphique le sont aussi souvent par leur courte durée de vie, on ne peut que constater ici que le travail a été fait à tous les niveaux. En fait, c’est bien simple, Okami se hisse sans problème au niveau d’un Zelda, rien que ça! J’ose même dire, et je ne me ferai sûrement pas que des amis, qu’au niveau de la profondeur et de la crédibilité de l’univers, Okami dépasse d’une bonne tête Twilight Princess qui avait justement déçu sur ce point précis. Les villages ou les cabanons isolés en pleine campagne sont nombreux et recèlent de nombreuses quêtes annexes en tout genre. Cela va de la simple recherche d’un objet en particulier à un job de chasseur de prime en passant par de bonnes parties de pêches riches en émotion. Notez que le nombre d'objets à collectionner (perles errantes, parchemins, trésors) est simplement astronomique. On passe sans mal des heures entières à simplement rendre service aux différents personnages. Le plus fou, c’est que l’on tire un réel plaisir à mener à bien ces bonnes actions. En fait, on se prend complètement au jeu et en tant que déesse on met coeur et passion pour ramener le bonheur sur le Nippon. A ce propos, le sentiment de joie et d’accomplissement atteint son sommet lorsque l’on redonne vie aux différents cerisiers sacrés et que ceux-ci ressuscitent dans une explosion de fleurs et de verdure. Okami propose donc un univers bien fourni et très personnalisé mais n’oublie pas pour autant sa quête principale qui est assez surprenante de par sa longueur. En fait, il arrive un moment dans l’intrigue où tout semble présager de la fin imminente du jeu, ce qui en soit aurait été assez court mais tout juste correct au regard de ce qui se fait ailleurs. L’histoire repart toutefois immédiatement sur d’autres événements et ce n’est qu’une fois arrivé à la fin qu’on se rend compte que cette première fausse fin ne représentait en fait qu’un tiers du jeu! Comptez donc au final 45 bonnes heures de jeu pour venir à bout d’Okami et une bonne dizaine de plus pour les acharnés qui voudraient remplir toutes les quêtes.
Les connaisseurs de la version précédente ont déjà pu apprécier les joies du pinceau céleste qui constitue un élément de gameplay central du jeu. D'une simple pression de touche, l'écran se fige et on peut alors dessiner quelques courbes à l'encre de chine pour déclencher toutes sortes de pouvoirs divins. Pour l'occasion, tout s'exécute grâce à la visée de la wiimote. L'affaire est ma foi plutôt réussi. On exécute les différents tracés (un trait pour trancher, un tourbillon pour une bourrasque, etc) en pas plus de deux secondes et même si les techniques ne sortent pas à tous les coups, le système reste fondamentalement plaisant et même jouissif. Pouvoir manipuler le feu et lui faire suivre n'importe quel tracé a quand même quelque chose de fondamentalement émoustillant!
Ensuite concernant les combats, le résultat est peut-être moins reluisant pour les développeurs de Ready at Dawn. On exécute les attaques de base en agitant la wiimote et pour ma part, je ne trouve pas ce système vraiment abouti. En fait, ils semblent avoir voulu miser sur des attaques en rythme. Concrètement, impossible de secouer la wiimote n'importe comment pour sortir un enchaînement. Il faut y aller patiemment et avec une certaine vigueur puisqu'un simple mouvement de poignet ne suffit pas toujours. Résultat, c'est fatiguant énervant et ça ne permet pas de profiter des combats à 100%. En fait, chaque type d'arme a son rythme propre et seul le rosaire réagit correctement. Par conséquent, on a beaucoup moins tendance à utiliser les autres. Et je ne parle pas de l'esquive via le nunchuk qui est pour son compte purement et simplement ratée. Après, n'ayant pas joué à la version PS2, je ne peux malheureusement pas comparer les deux mais je pense que la jouabilité aux boutons étaient plus simples et plus plaisantes.
Impossible de dire si c'est le manque de temps ou de moyen qui n'a pas permis à Ready at Dawn de mieux peaufiner le système de combat mais tout compte fait, le plaisir de jeu général n'en pâtit pas vraiment. On finit même par s'adapter à ce gameplay mal réglé et on prend alors plaisir à combattre dans la peau de la déesse louve. Pour le reste, la recette Zelda fonctionne à merveille. Un monde immense à explorer, des personnages et villageois attachants, des pouvoirs à dénicher, pas mal d'autodérision, des donjons au level-design proche du génie et des boss toujours intéressants à affronter, tout est là pour vous faire passer un bon moment et vous immerger complètement dans cet univers. L'ambiance graphique si particulière d'Okami finit de le hisser au panthéon des oeuvres d'art vidéoludiques, où il n'aura décidément pas à rougir. Espérons simplement que l'absence de communication ne l'empêchera pas de trouver un public mérité sur Wii. | Avantages - L'ambiance unique et maîtrisée de bout en bout - Un immense monde à explorer - Le tracé au pinceau céleste - Quêtes annexes nombreuses et souvent amusantes - Durée de vie bien au-dessus de la concurrence en la matière Inconvénients - Jouabilité à la wiimote lors des combats pas très aboutie - Je sèche... |
Graphismes | C'est une ambiance graphique simplement unique et qui se marie parfaitement avec l'univers. C'est beau et vivant, on s'y noierait presque! |
| Jouabilité | Dans l'ensemble, Okami ne souffre d'aucun problème mais les combats à la wiimote font un peu tache d'encre de chine sur le tout. | |
| Durée de vie | Plus de 40h d'aventure sans compter toutes les quêtes annexes. Pour le genre, c'est plus que satisfaisant. | |
| Bande Son | La musique est variée. Souvent bien écrite, elle sait susciter les émotions aux bons moments. Les bruitages achèvent d'ajouter la touche de nature et de pureté qui caractérise l'univers d'Okami. | |
| Scénario | Le scénario est plutôt sans surprise, il reprend les grands mythes japonais en les agrémentant d'un peu de contemporanéité. On s'y laisse entraîner sans résistance. |
Images (5)
Commentaires
philyra [2323 Pts] le 31/07/2008 à 12H01
ennissay [2960 Pts] le 08/08/2008 à 23H16
Zefi [3328 Pts] le 01/09/2008 à 16H26
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